Inceste environnemental : Le Sénégal viole sa propre fille

La métaphore risque de choquer plus d’un,  mais il en est ainsi. Toujours cité en exemple en matière de respect des normes, le Sénégal  a pourtant produit des lois qu’il ne respecte pas.  Pour combler son déficit énergétique, l’Etat du Sénégal veut installer des centrales à charbon dans une petite contrée lébou  appelée Bargny, une ville de pêcheurs, menacée par l’élargissement des carrières de la cimenterie (Sococim) au nord, et l’avancée de la mer, qui n’arrête pas d’engloutir les quartiers traditionnels de Bargny guedj, au Sud Ouest.

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Crédit photo: Cassis Pictaz

En cours de travaux,  ce projet consiste en la mise en place et à l’exploitation d’une centrale thermique d’une puissance de 125 MW, fonctionnant au charbon, dans la zone de Bargny.

En plus de ne pas se soucier des problèmes environnementaux et sociaux, plusieurs dispositions légales semblent  être ignorées par cet Etat qui, a pourtant  produit l’article L13-2001 de la loi 2001-1 du 15 janvier 2001 portant le code de l’environnement. Et de surcroit, le décret d’application n°2001-282 est sorti depuis le 12 avril 2001.

 Pourtant dans l’exposé des motifs du code de l’environnement, il est bien mentionné « La mise en place d’un cadre juridique rénové pour une bonne gestion de l’environnement constitue l’une des préoccupations des pouvoirs publics au Sénégal ».

Parmi les installations qui présentent des dangers, par ailleurs mentionnées dans l’article L9, cette centrale à charbon classée établissement de catégorie 1, doit être disposée sur une emprise éloignée des endroits cités dans l’article L13 dudit code.

ARTICLE L 13:

Les installations rangées dans la première classe doivent faire l’objet, avant leur construction ou leur mise en service, d’une autorisation d’exploitation délivrée par arrêté du Ministre chargé de l’environnement dans les conditions fixées par décret.

Cette autorisation est obligatoirement subordonnée à leur éloignement, sur un rayon de 500 m au moins, des habitations, des immeubles habituellement occupés par des tiers, des établissements recevant du public et des zones destinées à l’habitation, d’un cours d’eau, d’un lac, d’une voie de communication, d’un captage d’eau.

Les installations rangées dans la seconde classe doivent faire l’objet, avant leur construction ou leur mise en service, d’une déclaration adressée au Ministre chargé de l’environnement, qui leur délivre un récépissé dans les conditions fixées par décret. L’exploitant doit renouveler sa demande d’autorisation ou sa déclaration soit en cas de transfert, soit en cas d’extension, ou de modification notable des installations. En cas de mutation des droits d’exploitation, le nouvel exploitant est tenu de faire une déclaration adressée au Ministre chargé de l’environnement.

Comme le défend à mort Ibrahima Diagne, président de l’association Takko Art Jerry qui porte le combat engagé par le collectif des communautés affectées par les centrales à charbon « la confrontation de cette disposition légale à la réalité géographique et urbaine du site de la centrale découragerait avec juste raison tout autre promoteur d’un si grand projet. En effet Dame Nature n’a pas du tout plaidé en faveur des initiateurs du projet. Car le site en question est bien limité à l’ouest par la rivière Khouloupe(cour d’eau). Cette cour d’eau qui prend sa source depuis le bassin de rétention du Nord de Bargny, qui arrose son passage agricole pour se déverser dans l’océan atlantique au Sud par l’embouchure hivernale Banoukhba. Donc la marge de 500m demeure  incertaine voir impossible par rapport aux positionnements des établissements recevant du public(ERP) » souligne ce fervent environnementaliste. Mais n’oublions pas le site de transformation des produits halieutiques situé à zéro mètre, les lotissements de Miname 1 et Minam 2, le terrain de football, l’école, les cimetières entre autres…

Maintenant,  n’a-t-on pas le droit de dire que l’Etat du Sénégal a violé sa propre fille, la loi.

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